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18/07/2017

C’est ma tournée... environnement, dans une centrale nucléaire

À la centrale nucléaire de Saint-Laurent Nouan (Loir-et-Cher), la Tournée Environnement consiste à effectuer des prélèvements (air, eau…) à partir des différentes stations alentour avant de les porter au laboratoire d’analyses situé à Muides. Soit une tournée de 52km par jour, tous les jours de l’année sans exception. Et avec un véhicule électrique depuis… la fin juin, pour du zéro émission de CO2. Reportage...

Limiter les impacts environnementaux et sanitaires des installations et de toutes les activités, et rechercher l’amélioration continue fait partie des engagements de la politique environnementale d’EDF sur ses centrales nucléaires. Exemple à la centrale de Saint-Laurent Nouan (Loir-et-Cher)…

"Tous les jours des mesures de surveillance de l’environnement sont réalisées sur le site et aux alentours. L’objectif n’est pas uniquement de limiter notre impact mais de rechercher l’amélioration continue de la performance environnementale du site", indique Jean-Claude Cervantès, directeur du site.

L’environnement de cette centrale nucléaire, à quelques dizaines de kilomètres du Domaine de Chambord, est d’autant plus surveillé qu’elle se trouve dans le couloir d’un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Val de Loire.

La centrale de Saint-Laurent des eaux.
(Photos Patrice Dézallé)

Il faut savoir qu’avant la construction de la centrale, un bilan radio-écologique a permis d’établir une référence pour les analyses ultérieures. Tous les ans, le bilan radio-écologique effectué avec une entreprise spécialisée peut être confronté à cette référence.
Et qui dit bilan dit actions régulières voire quotidiennes. C’est en effet tous les jours, y compris week-ends et jours fériés, qu’une équipe participe au contrôle.

Prélèvements d’eau et d’air, analyses des rejets liquides et gazeux, y compris prélèvements de lait et de végétaux, tout y passe... Il faut dire que pour fonctionner, une centrale nucléaire doit prélever de l’eau. Cette eau sert essentiellement au refroidissement, elle est ensuite rejetée majoritairement sous forme de vapeur par les grandes tours spectaculaires.
C’est pourquoi Saint-Laurent, comme Belleville-sur-Loire (Cher), et Dampierre-en-Burly (Loiret) plus en amont, sont construites en bord de Loire. Ce fonctionnement n’est d’ailleurs autorisé qu’à raison de chartes et d’obligations.
Rappelons qu’une centrale nucléaire est surveillée par l’ASN, autorité de sûreté nucléaire, un organisme indépendant, qui ne badine pas avec la sécurité.

Les accidents nucléaires de Fukushima et de Tchernobyl auparavant, ont accru la pression sur les centrales d’autant que leur vieillissement peut laisser présumer des risques de défaillance de plus en plus importants.

De ce fait, «  nous cherchons à innover et à trouver des solutions pour limiter des plus en plus les impacts environnementaux  », assure Jean-Claude Cervantès.
"Ici, nous sommes largement en dessous des limites auxquelles nous sommes autorisés. À la fois sur les volumes de rejet et sur leur qualité. Tout cela est d’ailleurs réglementé et conditionne le permis de produire".

Limiter la production d’effluents et organiser le recyclage de certaines substances
"Comme tout industriel, une centrale produit des effluents. L’objectif est à la fois de limiter cette production à la source et d’organiser le recyclage de certaines substances", indique David Pethe, nouveau directeur Environnement du site.
Ainsi, les effluents liquides sont retraités (filtrés, passés sur résine, évaporateur…). Ensuite, ils sont mis dans des réservoirs de stockage pour pouvoir les analyser avant de les rejeter dans la nature.
D’autre part, une surveillance est effectuée en permanence à l’extérieur du site pour vérifier que ces rejets n’ont pas d’impact ou seulement un impact limité sur les milieux naturels : eau de la Loire, nappes phréatiques, air ambiant... Y compris sur le lait et les végétaux.

" Nous mobilisons les compétences sur le site et les moyens financiers afin de limiter les impacts. L’ensemble des salariés et des partenaires industriels sont impliqués", assure David Pethe.

Par exemple, une centrale utilise de l’hydrazine, un produit qui sert à éviter la corrosion des circuits. Un nouveau système de traitement, visant à dégrader ce produit par adjonction d’oxygène, a permis depuis peu de diminuer de 30% les volumes rejetés, mais il en reste encore. Très loin toutefois (environ 6%) de la limite réglementaire autorisée qui est de 16kg par an.

La tournée environnement

Des stations de prélèvements...

Quant à la tournée des stations, destinée à effectuer les prélèvements, elle représente un véritable rituel. Nous avons accompagné Dominique Briant, chargé de préparation/intervention en chimie environnement, dans ce "rituel", qui plus est à bord d’une voiture... électrique.

Relevé sur un pluviomètre.
 

22 sondes et 4 balises sont réparties sur ce réseau de 8 stations de prélèvements et de surveillances, sachant que 10 sondes se trouvent au plus près du site :
1 station météo sous les vents dominants
4 stations aérosols, à 1 km de la centrale, pour mesurer la qualité de l’air

3 stations de prélèvements en Loire, situées en amont, en aval et au point de rejet principal

Ainsi, plus de 22.000 prélèvements et analyses sont effectués chaque année.

7 différents types de prélèvements et de mesures sont réalisés :
> prélèvement quotidiens des filtres aérosols,
> prélèvement d’eau de Loire chaque heure par hydrocollecteurs
> prélèvement hebdomadaire du tritium atmosphérique
> prélèvement bimensuel de l’eau de pluie
> mesure de rayonnements Gamma ambiant (énergie de l’air), en continu
> mesure des paramètre physico-chimiques de la Loire, en continu sur les trois stations
> prélèvements et analyse mensuels de lait et de végétaux (une fois séchés, ils sont envoyés à des laboratoires spécialisés et accrédités)


Dominique Briant, chargé de préparation/intervention en chimie environnement, procède au prélèvement de poussières sur un filtre à air.

Les différents équipements et installations destinés aux prélèvements sont regroupés sur une même station, sachant qu’il existe trois stations situées à trois endroits différents : amont, central et aval.

Une station comprend un pluviomètre, un pluviographe, un collecteur d’eau de pluie, un aérosol – il permet de prélever toutes les particules présentes dans l’atmosphère), une balise radiamétrique (qui mesure l’énergie issue de la radioactivité), ainsi qu’un sodar, pour mesurer la vitesse des vents à plusieurs altitudes.

Certains équipements sont doublés sur une même station, car l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) dispose sur place de son propre aérosol et de son propre collecteur d’eau de pluie, pour pouvoir effectuer ses propres analyses.


Les données recueillies sont transmises automatiquement aux baies de supervision, sur le site de la centrale, ce qui permet d’avoir une vision globale de la situation environnementale et de son évolution. Eventuellement cela permet d’avoir connaissance d’un incident ou d’une défaillance afin d’intervenir aussitôt.
Tous les appareils sont en effets reliés à une alarme.

La station amont permet d’avoir un milieu de référence homogène.




Prélèvement sur barboteurs, qui servent à « piéger » dans de l’eau le tritium présent dans l’atmosphère, remplacement d’un filtre... Dominique Girard poursuit son intervention avec minutie.

Il faut ensuite se rendre à la station aval, à Muides, sensée être la plus sensible, du moins pour les rejets d’eau, à 7 km du site. Suffisamment proche encore pour qu’il n’y ait pas d’effets de dilution trompeurs.
Deux pompes immergées à partir d’un radeau permettent de prélever de l’eau de Loire en continu. L’eau arrive dans un local qui abrite une installation : en particulier 24 bidons d’un litre sont remplis, un par heure. Ils sont autant d’échantillons dont une petite partie alimente un 25e bidon qui constitue la référence de la journée à partir de laquelle sera analysée la radioactivité (présence de tritium et d’émetteurs bêta).
Les bidons sont stockés quelques jours à une température entre 1° et 5°C, au cas où un contrôle serait nécessaire.
Cet équipement est à changer tous les jours !
C
ette station de Muides est aussi le deuxième point de prélèvement des végétaux. 

… au laboratoire d’analyses

Une fois les prélèvements effectués, ils sont acheminés au laboratoire d’analyses à Muides, où se relaient 9 techniciens et un responsable d’équipe.
"Ce laboratoire, à l’abri des vents dominants, donne la possibilité de continuer les analyses même en phase incidentielle", signale Laurent Beddelem, chef du laboratoire.
Les techniciens reçoivent les échantillons d’effluents liquides et gazeux à analyser.
Réception, préparation, analyse, comptage, stockage… Les locaux sont bien identifiés en fonction des tâches à effectuer.

Local de préparation

Ce jour-là, c’est Céline, technicienne chimiste, qui réceptionne les prélèvements rapportés par Dominique Girard.
Le local d’analyse est à température fraîche, entre 15° et 25°C, et avec une hygrométrie entre 30% et 80%. « On fait essentiellement de la préparation des analyses, comme sécher les végétaux par étuvage », indique Laurent Beddelem.

Parmi les équipements sophistiqués : deux tritiummètres, qui détectent les photons, et un compteur alpha-bêta, dont les données sont mises à disposition de l’IRSN sur le site du RNME (réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement).

Les gros réfrigérateurs dans le local de stockage permettent de conserver les prélèvements pendant un mois à une température de 1 à 5°C.

 


Les techniciens préleveurs du laboratoire d’analyse ont toutes les compétences requises pour effectuer tous les prélèvements nécessaires, qu’ils soient gazeux, liquides, ou de poussières comme sur les filtres à air.
La tournée Environnement se fait tous les jours de l’année, fériés comme week-ends et par tous temps. Une tournée de 52km au total.

Patrice Dézallé

 

En bref

Une très grosse entreprise. Un millier de personnes travaillent régulièrement sur le site de la centrale de Saint-Laurent. Ce nombre double à l’occasion de la maintenance de l’un des deux réacteurs. Et il faut faire des rappels à tous concernant la démarche environnementale de l’établissement.

Certifications. Une vingtaine de personnes sont mobilisées chaque jour pour l’environnement, dont 9 au laboratoire : techniciens, chimistes et ingénieurs. Le laboratoire est certifié selon des normes européennes, et les personnels du laboratoire sont certifiés eux aussi.

Sous contrôle. Tous les mois, les résultats des analyses sont transmis à l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), qui effectue en plus ses propres contrôles à partir de ses propres prélèvements mais aussi à l’occasion de la visite de ses ingénieurs.

Communication. Une centrale est tenue de communiquer les résultats des analyses, notamment vers le public. La lettre hebdomadaire qu’elle publie comporte d’ailleurs pour moitié un bilan des données environnementales. Cette lettre, notamment visible sur le site internet de l’établissement, est également distribuée par courrier.
Lorsqu’une opération risquant de générer du bruit va avoir lieu, comme une campagne d’endurance du diesel d’ultime secours, les maires des communes environnantes sont informés.
« Nous sommes challengés sur nos propres résultats et ceux des autres centrales  », fait remarquer Jean-Claude Cervantès.

Compétences et formations. Tous les ans le COFRAC (comité français d’accréditation) effectue un audit pour vérifier que la norme 17025 est bien respectée (méthodologie, procédures…) et que le personnel bénéficie bien des compétences requises. Ce qui impose des actualisations par le biais de la formation continue. Certaines formations sont d’ailleurs réalisées sur le site, sur des maquettes d’appareils, afin de répéter les gestes de compétences.

 

 

 

L’électricien commence à rouler… à l’électricité

Quel serait le comble d’un électricien ? Ne pas rouler à l’électricité. C’était le cas dans de nombreuses centrales nucléaires jusqu’à il y a peu. Mais les unes et les autres commencent à se doter à la fois d’un parc de voitures électriques et d’installations de recharge.
Saint-Laurent se met à son tour en route vers la mobilité électrique.
Une borne à charge rapide, disponible pour le public, est installée sur le parking des visiteurs.
Des collaborateurs viennent déjà en véhicule électrique, indique le directeur du site. "Nous avons une grande ambition sur le sujet", assure Jean-Claude Cervantès.
L’objectif est d’EDF de convertir la moitié de la flotte professionnelle à l’électrique d’ici fin 2020.
A la centrale de Saint-Laurent, au début de cette année il y avait 32 véhicules professionnels dont un seul électrique. Fin 2018, il est prévu que le parc soit constitué de 27 véhicules dont 17 électriques.

Concomitamment, le nombre de bornes de recharge va augmenter. Le 12 juin, 2 bornes universelles à charge accélérée ont été installées, dont une au centre d’information du public, qui est en accès libre et gratuit, et une sur le parking du site, pour les véhicules professionnels comme celui qui sert à la tournée environnement.
en septembre, 8 points de recharge supplémentaires classiques seront installés pour les salariés, et il y en aura 2 pour les visiteurs.
Ce déploiement s’inscrit dans le projet du syndicat d’énergie du Loir-et-Cher de déployer une centaine de bornes dans le département d’ici la fin de l’année.

 

 

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