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03/09/2016

Quand Chambord accueille des ministres européens de l’Agriculture : l’avenir de la politique agricole commune après 2020

Il y a longtemps maintenant, il n'y avait pas d'Europe. Pas d'Union européenne. Pas de politique agricole commune. Et puis, les agriculteurs ont planté dans leurs champs des pancartes Non à la PAC. La PAC s'est mise en place, malgré tout. La communauté agricole s'est agrandie avec l'agrandissement de l'Union européenne. La politique agricole commune n'a pas fait que des malheureux. Beaucoup ne voulaient pas le voir ou le dire, sans doute. Mais voilà que le Brexit, la volonté des Britanniques (et surtout des Anglais) de quitter le navire de l'Union européenne, suscite l'affolement. La PAC va-t-elle disparaître ? Branle-bas de combat. C'est ce qui a poussé Stéphane Le Foll, ministre français de l'Agriculture, à proposer à ses collègues européens de se réunir pour évoquer cette situation et ses conséquences. Une réunion informelle, en France, à Chambord, dans le Centre-Val de Loire. C'était ce vendredi 2 septembre...

 

A la suite de la décision des Britanniques, par référendum en juin dernier, de quitter l’Union européenne (Brexit), Stéphane Le Foll, ministre français de l’Agriculture, avait proposé d’organiser une réunion informelle avec ses collègues pour évoquer les éventuelles conséquences de cette décision politique (qui n’est pas encore actée, rappelons-le, même si Theresa May, nouveau Premier ministre britannique, vient de confirmer que le souhait exprimé par le peuple sera exécuté).
C’est cette réunion "amicale" qui s’est tenue ce vendredi 2 septembre au château de Chambord, en Centre-Val de Loire, dix jours avant la réunion, très officielle celle-ci, qui se tiendra à Bratislava (Slovaquie) du 11 au 13 septembre, et qui sera présidée par Stéphane Le Foll justement. On y parlera de la PAC après 2020.

Un pack d’une vingtaine de ministres de l’Agriculture, malgré quelques absents de marque (les ministres italien, espagnol, néerlandais, notamment), a livré un match amical productif sur les terres du Centre-Val de Loire. Un match amical destiné à préparer la rencontre officielle prévue dans dix jours à Bratislava (Slovaquie) sous la présidence française. Cette rencontre à Chambord a permis de produire quelques messages rassurants.

La réunion à Chambord était destinée à échanger et débattre sur la rénovation du projet européen, mais pas à prendre des décisions. Les participants se sont réunis en trois groupes de travail, chacun ayant pour mission de réfléchir à l’une des trois questions proposées.
Les trois questions :
Comment la politique agricole commune peut-elle être au service d’un projet européen dans un monde globalisé ?
Quels sont les enjeux européens qui nous conduisent à avoir une politique agricole commune pour une agriculture compétitive, durable et résiliente ?
Quelle est la place de cette politique dans une Europe à 27 ?

 

"Nous sommes attachés à la politique agricole commune"

 

Stéphane Le Foll, ministre français de l’Agriculture, avec à sa droite Eric Andrieu, vice-président de la commission Agriculture du Parlement européen. (Photos Patrice Dézallé)

Quatre grands principes ont été mis en avant, récapitule Stéphane Le Foll.
1. Il n’y aura pas de PACxit, pour reprendre l’expression du ministre luxembourgeois. "Nous sommes attachés à la politique agricole commune. Elle est une partie intégrante du projet européen".

2. Il faut faire un gros travail de simplification et donner plus de souplesse dans l’application de la PAC.

3. La PAC doit faire face à de grands enjeux globaux (approvisionnements alimentaires, défis environnementaux, défis économiques et territoriaux) et il faut donc la relier à la politique énergétique de l’Europe.

4. Il va aussi falloir améliorer nos outils pour faire face aux crises, comme les très dures crises sanitaires et climatiques récentes. Il faut voir comment mieux assurer la répartition de la valeur dans l’ensemble de la chaîne, car "ce sont aujourd’hui les agriculteurs qui prennent tous les chocs", souligne Stéphane Le Foll.
Une piste sera travaillée à Bratislava.

Le ministre français ne sera pas beaucoup plus disert. Et cela se comprend. La réforme de la PAC est régulièrement un exercice - une culture - qui se travaille lentement et en profondeur tant il y a de situations et d’intérêts différents voire divergents à concilier.

Des manifestants rassurés ?
Le message transmis ici, c’est qu’il y aura une réforme et qu’elle tiendra compte des nouvelles réalités économiques et... climatiques.
De quoi rassurer tant soit peu les agriculteurs de France, de Navarre et d’Europe ? Ceux de la région Centre-Val de Loire avaient en tout cas profité de l’occasion pour se manifester.
La FNSEA avait organisé un meeting syndical la veille au siège de la Fédération française équestre à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher). La confédération paysanne a manifesté le matin même à Blois, avec le soutien des écologistes (voir ci-dessous). Et la Coordination rurale avait donné rendez-vous à ses adhérents à l’entrée du château de Chambord pour un grand repas populaire. Tout cela de façon assez pacifique. Mais le signal a été donné sur les inquiétudes, parfois les désespoirs, et surtout sur les attentes.

Rencontré sur place, Nacer Meddah, préfet de la région Centre-Val de Loire, nous a dit qu’il considère que la réponse envoyée est forte et claire. La France a d’ailleurs apporté une autre réponse peu avant en prenant la décision d’abandonner les négociations avec les Etats-Unis sur le projet d’échanges commerciaux transatlantiques dit
TAFTA (transatlantique free trade agreement).

Xavier Beulin souligne "les défaillances" de la PAC
A noter que Xavier Beulin, président de la FNSEA et agriculteur dans le Loiret, avait été invité à intervenir le matin au titre du COPA FOGECA, le comité des organisations professionnelles agricoles au niveau européen, dont il est président.
Xavier Beulin a mis lui aussi l’accent sur "les défaillances de la PAC", notamment le fait qu’il n’y ait aucun dispositif de gestion de crise, ni de gestion de marchés ou de crise climatique ou sanitaire.
Xavier Beulin a demandé "des engagements de simplification car les contraintes réglementaires et normatives sont de plus en plus mal vécues par les agriculteurs, mais aussi par les administrations".
Il a par exemple fait référence au retard dans le versement de l’aide PAC 2015 par la France à ses agriculteurs. Xavier Beulin a aussi demandé que "le prétexte du Brexit" ne conduise pas une coupe budgétaire". Il semble avoir été globalement entendu.

Patrice Dézallé

Pourquoi Chambord ?



Le Domaine de Chambord est sous la double tutelle des ministères de la Culture et… de l’Agriculture. Sa forêt est remarquable. Son élevage de cervidés est réputé, et l’on y pratique la chasse. Il existe aussi un petit vignoble. D’ailleurs, les ministres européens présents ont pu chacun planter son cep de vigne, jeudi soir.
De plus Chambord se situe dans une des principales régions agricoles de France, la première région productrice de céréales en Europe. Une région qui, de surcroît, a été très affectée par les inondations et la sécheresse. Nombre d’agriculteurs ont été très touchés par ces événements climatiques.

 



 "Sans régulation on ne peut pas y arriver"

"Sans régulation on ne peut pas y arriver", lance Laurent Moreau, éleveur de chèvres dans l’Indre, représentant la Confédération paysanne à la chambre régionale d’agriculture du Centre-Val de Loire.
Ils sont une centaine de manifestants, ce vendredi 2 septembre, rassemblés devant la préfecture à Blois, alors que les ministres de l’agriculture sont réunis à Chambord pour évoquer l’avenir de la Politique Agricole Commune.

Les écologistes participent à ce rassemblement organisé par les paysans européens pour demander une PAC plus verte, plus juste et plus solidaire.
A cette occasion, ils ont signé une tribune (voir à la fin) par Jean Delavergne et Wassia Fagbemi (co-porte-parole régionaux d’EELV Centre), Charles Fournier (vice-président du Conseil régional Centre-Val de Loire délégué au développement rural et à la coopération internationale, président du groupe écologiste), Christelle de Crémiers (vice-présidente du Conseil régional déléguée au tourisme, aux terroirs et à l’alimentation), Benoît Faucheux (vice-président du Conseil régional délégué à la transition énergétique et à l’environnement) et Michelle Rivet (présidente de la commission économie et agriculture du Conseil régional).

"On ne peut pas demander à l’Agriculture de protéger l’environnement sans régulation économique", reprennent eux aussi en résumé les écologistes.
Ils soulignent les enjeux liés à l’agriculture en matière d’alimentation et de santé, et bien sûr de préservation de l’environnement.

Les écologistes soutiennent les paysans et l’emploi rural.
Michelle Rivet : "L’objectif d’une agriculture est de fournir une alimentation de qualité dans le respect de l’environnement. Elle doit aussi favoriser l’emploi pour éviter la désertification des campagnes. Tout cela passe par des revenus suffisants et convenables. L’abandon des outils de régulation a fragilisé les exploitations et conduit à un désastre. La libéralisation de l’agriculture est un échec".
Les écologistes plaident notamment pour un retour aux quotas de production comme outil de régulation.
"Nous sommes favorables à une PAC", rappelle quand même Charles Fournier. Tout en déplorant une mise en œuvre parfois éloignée du contenu.
"On constate, crise après crise, que tout le monde est victime, citoyens et agriculteurs", estime pour sa part Christelle de Crémiers. "Il faut déconcentrer les aides pour avoir des territoires résilients, sinon on favorise la concentration des exploitations". En d’autres termes, attribuer davantage aux petits paysans qu’aux grandes exploitations. Christelle de Crémiers poursuit son analys : "Les multinationales ont pris le leadership. C’est pour elles que l’on produit en masse. Elles se sont emparées de notre alimentation. La PAC actuelle est à leur service. Elle pousse à la monoproduction".
Pour Benoît Faucheux "tout est lié : économie, environnement, social. Certes, des compensations se sont substituées au système de régulation, comme les aides directes et les normes environnementales. Mais respecter ces normes et en même temps produire pour pas cher, ce n’est pas facile. La bonne voie, c’est la régulation des marchés avec des prix garantis. Le modèle dominant actuel est néfaste à l’environnement (pesticides, engrais, pollutions) et accentue l’érosion de la biodiversité".

Charles Fournier : "L’agriculture, c’est aussi ce qui structure les territoires. Or, au cours de mes visites, j’entends un grand sentiment d’abandon. Nous, nous avons une vision dynamique de la ruralité. C’est d’ailleurs la vocation du 2e pilier de la PAC, avec notamment le programme LEADER. Même si ce pilier est nettement moins bien doté que le premier (1,3 milliard contre 7,5 milliards). L’évolution passera par une transition. C’est ce que propose par exemple Afterre".
Et l’agricultrice Michèle Rivet alerte :
"Le jour où vous devez payer pour manger, boire ou respirer, vous perdez tout contrôle sur votre existence ! ".
On peut comprendre certaines inquiétudes.

Patrice Dézallé

->La tribune du groupe écologiste à la Région Centre-Val de Loire sur la PAC


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