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27/03/2017

Quand le végétal est fertilisé par le numérique

Le numérique greffé au végétal pour concevoir l’agriculture du futur, c'est un champ du possible. L'association du même nom veut en faire la démonstration sur son campus à Châteaudun (Eure-et-Loir) et donner du même coup un nouvel élan. Il a fallu deux ans pour passer du projet à la réalisation et se positionner comme le berceau de l’agriculture de demain au travers du végétal. La greffe du numérique, "un facteur de progrès", selon le député Philippe Vigier, s'est traduite par un premier forum avec la participation d'une cinquantaine d'entreprises...

Châteaudun. Une petite ville d’Eure-et-Loir, à la limite de la Beauce et du Perche, à 1h30 de Paris par le train ou l’autoroute. Nous sommes à l’ancien siège du groupe Axéréal, transféré à Orléans il y a deux ans, et acheté par le lycée d’enseignement agricole privé de Nermont. Réaménagé avec notamment le concours financier de la Région Centre-Val de Loire, c’est aujourd’hui un superbe lieu d’accueil pour le campus Les Champs du possible, une association créée récemment sous l’impulsion notamment du député Philippe Vigier.

Un campus, un lycée, un BTS, un Farm Lab, une école expérimentale…. Ça pousse dru du côté de Châteaudun, au cœur de la région Centre-Val de Loire.

Parmi ses formations, le lycée de Nermont à Châteaudun propose un BTS Systèmes numériques, informatique et réseaux, sous le label Cité des métiers de l’agriculture.

C’est dans ce contexte que s’est tenu un premier forum baptisé e-végétal, le 23 mars. Ce forum, fruit de l’association de Végépolys, Agreen Tech Valley et du campus Les Champs du Possible est un événement partenarial sur les technologies du numérique au service de l’agriculture de demain, en partenariat avec Dev’Up Centre-Val de Loire, l’ARIAC, Food Val de Loire, le GIP Recia et avec le soutien du Conseil Régional Centre-Val de Loire.
Le Village des experts rassemble une cinquantaine d’entreprises et start-up des filières végétale et numérique offrant des solutions innovantes pour le secteur du végétal.
Durant la pause de midi, on y mange sur le pouce tout en présentant des perspectives.

La société 3ZA Intech, créée récemment par Jean-Yves Cadoret, a pu présenter ses services connectés pour la prévention des risques humains, sanitaires et environnementaux : RiskMonitoring, qui permet le contrôle en temps réel des équipements de protection individuels et collectifs et des habilitations, et Milithings.io pour la collecte en temps réel des mesures d’environnement.

Nous avons notamment aperçu la présence d’une plateforme d’achat-vente de céréales et d’engrais en ligne (Stéphane Finet, agriculteur à Néron, Eure-et-Loir).
Le projet Magestan met en exergue des outils de pilotage pour la culture de tomate sous serre.
Les drones font irruption au service des productions végétales, en apportant de la précision, de la souplesse, de la rapidité, et donc de l’efficacité.
Raphaël Lame, de la société vendômoise Le Prieuré Vegetal ID, présente l
a digitalisation des toitures végétalisées.
Ce rendez-vous est aussi u
ne opportunité pour le Cresitt Industrie, centre de ressources technologiques qui sert de relais entre les laboratoires de recherche et les PME. Il est spécialisé sur les systèmes communicants (en conseil et en développement) et sur les réseaux de capteurs.

"L’enjeu c’est la construction d’un écosystème pour l’agriculture du futur", souligne Harold Huwart, vice-président de la Région Centre-Val de Loire. "Il y a un défi de compétitivité qui ne pourra être résolu que par de l’investissement dans les nouvelles technologies. Il est nécessaire de fédérer les initiatives".

La démarche est en cours : Végépolys, le pôle de compétitivité qui a pris racines en Maine-et-Loire, fait partie de l’aventure. Il est aussi présent en région Centre-Val de Loire. Agreen Tech Valley, basé sur Orléans, est en pointe sur les programmes communautaires de recherche et développement, et sur les programmes d’investissement d’avenir. L’association Les champs du possible, qui a absorbé le cluster Agrodynamic, est en train de développer son campus.
Cet événement résulte d’un travail lancé par feu Xavier Beulin, qui était notamment président de la FNSEA et président du Conseil économique, social et environnemental de la région Centre-Val de Loire. Il avait d’ailleurs initié une contribution du Ceser sur la nécessité de regrouper les initiatives existantes, comme l’incubateur de Contres (Loir-et-Cher), rappelle Harold Huwart.

Ce projet de pôle sur le végétal est d’ailleurs inscrit dans le schéma régional de développement économique. "Il s’agit d’une première étape : montrer les compétences de chacun et les convergences possibles", souligne Harold Huawart. "Maintenant il faut commencer le rapprochement dans un pôle articulé, une structure qui donne de la souplesse à chaque territoire tout en procurant une force de frappe pour aller chercher les financements" (PCRD, programme de l’Union européenne pour la recherche et le développement ; PIA, programme française pour les investissement d’avenir ; etc)

 

Réunis pour la conférence de presse sur le forum d’e-vegetal. De gauche à droite : Marina Masseau, vice-présidente du Champs du Possible, Gino Boismorin, directeur du pôle Végépolys ; Eric Thirouin, président de la chambre d’agriculture du Loiret et vice-président des Champs du Possible ; Harold Huwart, vice-président de la Région Centre-Val de Loire ; Philipe Vigier, député ; Christian Saguez, président d’Agreen Tech Valley, et aussi président de la société Cybeletech ; Pierre Commandeur, Conseiller régional délégué au numérique.
Photos Patrice Dézallé

 

"C’est un enjeu décisif et majeur pour la Région, avec une base sur le territoire régional dans le respect des différences de chacun. La Région sera au rendez-vous de la construction de ce pôle", assure Harold Huwart.
Comme gage, il rappelle que la Région apporte déjà 70.000€ par an au budget de fonctionnement de l’association Les Champs du Possible, après avoir participé au financement de la structure à Châeaudun.

"L’Union fait la force", renchérit le député local Philippe Vigier. Qui invoque lui aussi la mémoire de Xavier Beulin : "Sans lui nous ne serions pas là Ici. Nous faisons de la vulgarisation en ouvrant le site à une cinquantaine d’exposants. Nous sommes en train de fabriquer l’agriculture du futur. Ce sont nos équipes qui ont préparé ce rendez-vous. L’objectif est de devenir le berceau de l’agriculture de demain au travers du végétal. Le numérique est un facteur de progrès. Il permet de faire mieux d’agriculture pour plus de productions agricoles".
Philippe Vigier envisage un destin national sur cette thématique ("On doit être le cœur de France"), et pourquoi pas européen, voire mondial.

Démonstration de prélèvements de sol par carotage, aux fins d’analyse, à partir d’un petit tracteur équipé en conséquence.

Mais rien ne fonctionnera s’il n’y a pas les entreprises, ajoute Philippe Vigier. Or, des grands noms sont en train de rejoindre le mouvement, dans l’informatique comme Atos, et dans l’agroalimentaire, avec peut-être Andros.

Sur le campus, et à l’occasion de cet événement, la filière est représentées par des entreprises agroalimentaires, par l’intermédiaire de l’ARIAC, et par les grandes coopératives, notamment celles qui sont nées ici, de même que les mutuelles agricoles. Semco Vorwerk, notamment, fait partie du Champ des Possibles.

La présence d’Atos ou du Fab Lab sont l’illustration de la connexion du numérique avec l’agriculture, souligne Pierre Commandeur, conseiller régional délégué au Numérique. Il rappelle d’ailleurs que la France est le premier pays européen agricole mais aussi sur le numérique d’après le nombre d’acteurs.
C’est donc l’occasion de développer une agriculture moderne dans la région, en s’appuyant aussi sur les start-up. D’autant qu’
"il y a une culture historique de l’innovation dans le secteur agricole".

Christian Saguez, président d’Agreen Tech Valley, et aussi président de la société Cybeletech, confirme : "Nous voulons fédérer l’ensemble de la chaîne du végétal, depuis les semenciers jusqu’aux consommateurs en passant par les transformateurs. On travaille aussi avec les distributeurs. Nous faisons de la technologie à partir des besoins et pour répondre aux besoins. Nous avons un rôle de promotion et de vulgarisation sur ce qu’apporte le numérique, avec un effort de formation des jeunes"

C’est ainsi qu’une station d’expérimentation se met en place à Châteaudun pour le pilotage des serres. Il y a aussi un projet autour des objets connectés, dans le cadre du BTS numérique et systèmes numériques, informatique et réseaux.
Une grande partie sera dédiée au maraîchage, une autre partie dédiée à la recherche avec pilotage en environnement fermé, ainsi qu’une ferme expérimentale, précise Christian Saguez.
Il se confirme que des organismes comme le CVETMO (
Centre de Vulgarisation et d’Études Techniques Maraîchère de la région d’Orléans) vont venir s’installer ici, a priori d’ici la fin 2018.

"On s’appuie sur nos points forts", résume Philippe Vigier.
D’ailleurs, "ce qui nous a motivés pour venir ici, c’est qu’il y a un territoire riche en productions mais aussi un petit déficit d’innovation et de recherche", indique Gino Boismorin, directeur adjoint de la chambre régionale d’agriculture des Pays-de-la-Loire et
directeur de Végépolys.
Ce pôle de compétitivité du végétal, situé à Angers (Maine-et-Loire), déjà très structuré et très en avance, a créé il y a moins de deux ans un Living Lab du végétal, pour mieux prendre en compte les besoins des usagers. Mais "il faut encore mieux identifier ces besoins", poursuit Gino Boismorin. "Les consommateurs attendent plus de choses sur les usages". Des partenaires sont des producteurs et des analystes… de données.

A propos d’attentes et de besoins, que peut apporter la nouvelle stratégie pour les producteurs bio, notamment, dont les productions sont de plus en plus plebiscitées ? "Devenir compétitif dans la filière, notamment par le recours à de nouvelles techniques", répond Gino Boismorin.
L’optique, l’électro-mécanique, le traitement des données... Mises en combinaison, ces techniques trouvent par exemple une application dans le désherbage mécanique amélioré par l’optique. Une méthode qui vaut aussi bien pour les cultures bio que pour le conventionnel. Idem concernant des techniques de tri de la mâche.

"Ce qui nous intéresse, c’est comment on va faire notre métier demain
", confie Eric Thirouin, président de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir.
Un groupe d’une dizaine d’agriculteurs a d’ailleurs été constitué au sein d’Agri Numérique pour être en relation avec les start-up et pas seulement avec les grands groupes.
 

Patrice Dézallé

 

 Le Village des start-up

 

Georges-Alexandre Clémence, dirigeant de Farm Wiz (à gauche) et Arnaud Sauvaget, fondateur de Tiptap Pro, font partie des premiers occupants du Village ouvert aux start-ups.

Une quinzaine de places sont ouvertes pour des start-up au Village du campus Les Champs du Possible, à Châteaudun. Quatre sont déjà occupées.
Nous avons rencontré les dirigeants de deux de ces start-up.

Farm Wiz travaille sur l’anticipation des rendements agricoles pour les agriculteurs et les coopératives, à l’échelle de la parcelle, de l’exploitation ou d’un collecteur.
Elle développe un écosystème basé sur un capteur intelligent qui va monitorer la parcelle en intégrant toutes les interactions environnementales et humaines pendant tout le cycle de la culture.
"Nous voulons amener l’agriculture de précision de façon transparente pour les agriculteurs", explique Georges-Alexandre Clémence, qui vient de Limesy (Seine Maritime). Date de commercialisation prévue, en 2018.

 Tit Tap Pro, de son côté, propose un nouveau média "audio" apportant aux professionnels, sur le terrain, en temps masqué pendant qu’ils travaillent, des infos métiers pertinentes car ciblées et contextualisées, en superposition de la radio qu’ils écoutent habituellement.
"C’est une forme de radio à la demande permettant d’accéder à des contenus pertinents. Cela vaut pour des agriculteurs mais aussi pour des maçons, mécaniciens, cuisiniers, chauffeurs, commerciaux, infirmières à domicile, etc.", explique 
Arnaud Sauvaget, qui vient de Le Mée (Loiret). Il a créé son entreprise en 2016 et a bénéficié d’un financement participatif agricole.

-> Tout savoir sur le Village des start-up au campus Les Champs du Possible

 

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